L’Édito de l’Œil
La « taxe Zucman »
La « taxe Zucman » propose un impôt plancher de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. Selon son créateur, Gabriel Zucman, elle pourrait rapporter 15 à 20 milliards d’euros par an, de quoi financer des services publics et réduire la dette nationale. Elle répond aussi à une exigence morale : « dans une société démocratique, il est intenable que les milliardaires paient proportionnellement moins d’impôts que les classes moyennes » (Le triomphe de l’injustice, 2019).
La promesse séduisante d’une taxe sur les ultra-riches
En pratique, le rendement serait bien plus faible, quelques milliards tout au plus, à
cause de l’optimisation et de l’exil fiscal. L’expérience de l’ISF, supprimé en 2017,
l’a montré : près de 10 000 contribuables fortunés avaient quitté la France, entraînant
une perte nette d’investissements. De plus, la France affiche déjà une pression fiscale
de 45,1 % du PIB en 2023 (OCDE), l’une des plus élevées parmi les économies de marché.
Une taxe symbolique mais inefficace risquerait donc de fragiliser encore l’attractivité
économique.
Plutôt qu’un impôt plancher difficile à appliquer, une réforme des niches fiscales et de
la fiscalité des successions offrirait un rendement plus sûr. Le Conseil des prélèvements
obligatoires chiffre les niches à plus de 80 milliards d’euros par an. Certaines, comme
les exonérations partielles de droits de succession pour les grandes transmissions d’entreprises,
profitent massivement aux plus riches sans justification économique.
Les revoir permettrait de récupérer 10 à 15 milliards d’euros de manière pérenne. Un relèvement
ciblé des droits de succession sur les patrimoines supérieurs à 10 millions d’euros renforcerait
la progressivité de l’impôt. Comme le rappelle Thomas Piketty : « l’impôt sur les successions est
le plus démocratique des impôts, car il ne taxe pas le travail mais la rente » (Capital et
idéologie, 2019). On pourrait même imaginer une taxation différenciée selon l’usage de l’héritage :
10 millions investis dans une usine n’ont pas le même impact que 10 millions dépensés en hôtels
ou voitures de luxe. Il existe bien des solutions, le tout est de trouver la bonne qui sera capable de
concilier le plus d’opinions possible.
En somme, la taxe Zucman flatte l’opinion mais ne résout rien. Elle est un slogan plus qu’une politique.
Le véritable enjeu n’est pas de créer un nouvel impôt spectaculaire, mais de combler les brèches d’un
système fiscal troué. Tant que les ultra-riches pourront contourner l’impôt via des montages juridiques
et des niches opaques, aucune taxe ne sera efficace. Comme l’écrivait Montesquieu : « Une injustice
faite à un seul est une menace faite à tous ». L’injustice fiscale, elle, menace directement la cohésion
nationale.
SOURCES :
•Taxe Zucman - Challenges
•Zucman - Paris Match